"La Vie Hospitalière"

mardi 17 mars 2020

La France est "un pays sous développé en matière de santé", selon le chef des urgences de Pompidou


Après l’allocution d’Emmanuel Macron instaurant un confinement plus strict, le professeur Philippe Juvin a dénoncé le manque de masques face au coronavirus.

La crise du coronavirus jette une lumière crue sur celle de l’hôpital public. Invité sur le plateau de l’émission “Quotidien” ce lundi 16 mars sur TMC, juste après l’allocution d’Emmanuel Macron annonçant des mesures plus strictes de confinement, le chef des urgences de l’hôpital parisien Georges-Pompidou a assuré que la France était “un pays sous-développé en matière de santé”.
“Comment appelez-vous un pays qui n’est pas capable de fournir de masques à ses concitoyens ?” s’est interrogé le professeur Philippe Juvin, dénonçant le manque de masques chirurgicaux en France. Inutiles selon le gouvernement pour les personnes sans symptôme, ces masques sont essentiels pour les malades du Covid-19 ou les personnes présentant certains symptômes.
“Si vous venez dans mon hôpital avec une toux, que je décide de ne pas vous hospitaliser, qu’est-ce qui se passe en pratique ? Je vais vous examiner, je ne vais pas vous faire de test (du nouveau coronavirus, ndlr) parce que je n’en ai pas assez, je vais vous renvoyer chez vous en vous disant : ’vous allez, pendant 14 jours, rester chez vous et vous allez porter un masque pour acheter votre baguette de pain. Je vais vous faire une ordonnance pour vous faire acheter un masque. Vous allez aller à la pharmacie. Et là on vous dira : ’je n’ai pas de masque à vous vendre’”, a-t-il raconté.

“On crie au secours car on manque de moyens”

Depuis le début de la crise du nouveau coronavirus, de nombreux personnels médicaux ont exprimé leur angoisse face au manque de protection, pour eux-mêmes et leurs patients, alors que le virus se propage à un rythme accéléré. À l’heure actuelle, les masques sont réservés prioritairement aux personnels de santé, mais ils en manquent eux aussi.
Dans un reportage publié lundi soir, l’AFP a recueilli de nombreux témoignages de médecins et d’infirmières, de ville et en milieu hospitalier, stressés par cette situation. Il y a par exemple Anne, généraliste dans la banlieue de Grenoble, dont le cabinet n’a jamais reçu de masques FFP2, seule protection avérée contre le coronavirus, et utilise un vieux stock périmé depuis 2006.
Ou Kaouther ben Amor, infirmière libérale à Marseille, qui dit avoir “dû quémander des masques à la pharmacie avec (sa) carte professionnelle”. “J’en ai obtenu dix, qu’on a partagés. Et encore, ce sont des masques chirurgicaux, pas des FFP2. Jamais je n’avais connu une situation pareille”, confie-t-elle à l’AFP.
“En plus du boulot, on est constamment en train de faire le tour des pharmacies pour essayer de trouver des masques, des solutions hydro-alcooliques, des gants”, reprend-elle. “C’est très stressant de travailler comme ça. On crie au secours car on manque de moyens”.
Une nouvelle distribution de masques dès mardi
Sur le plateau de “Vous avez la parole” sur France 2 lundi soir, Juliette Richard, infirmière aux urgences de l’hôpital Robert-Debré à Paris, a elle aussi dénoncé “la dégradation des conditions de travail” des soignants. ”À l’heure actuelle à l’hôpital il manque des masques, les gens volent les masques, on n’a plus de gel, on n’a plus rien”, a-t-elle regretté, précisant que “nos supérieurs nous imposent de ne pas utiliser plus de tant de masques par jour, parce qu’on n’en a pas assez”.
L’ordre des infirmiers a réclamé lundi dans un communiqué “sept mesures d’urgence” dont, la première, des ”équipements de protection (masques, lunettes, gants, blouses...) impérativement et urgemment mis à disposition de tous les professionnels de santé”.
Les soignants semblent avoir été entendus : lundi soir, lors de son allocution télévisée, Emmanuel Macron a annoncé la distribution de masques dès mardi aux soignants des 25 départements les plus touchés et à l’ensemble des personnels de santé mercredi.
Selon Martin Hirsch, directeur général des Hôpitaux de Paris (APHP), “une centaine de soignants ont contracté le virus, non pas dans les hôpitaux mais dans leur vie sociale”.


Source : huffingtonpost.fr
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