"La Vie Hospitalière"

jeudi 10 septembre 2020

“La Covid-19 n’est pas une maladie qui concerne les enfants”



Les professeurs de pédiatrie Christèle Gras-Le Guen, vice-présidente de la société française de pédiatrie, et Régis Hankard, coordonnateur du réseau de recherche clinique pédiatrique Pedstart, sont formels : « la Covid-19 n’est définitivement pas une maladie pédiatrique »



Dans cet interview, ils répondent aux questions que tous les parents se posent en cette période de rentrée scolaire.

En pleine rentrée, où en est-on des recherches sur l’impact du SARS-CoV-2 sur les enfants ?

Christèle Gras-Le Guen : Lorsque le confinement a été décrété, nous ne savions encore que peu de choses sur ce nouveau microbe. Depuis, nous avons recueilli et analysé de nombreuses données, non seulement françaises mais aussi internationales, sur les aspects pédiatriques de cette infection. Elles nous ont permis de beaucoup progresser dans la compréhension de l’épidémiologie et du rôle des enfants dans la chaîne de transmission. En revanche, les travaux pour comprendre le mécanisme d’action du virus sont encore en cours.

Ce qui est rassurant, c’est que tout converge vers la même conclusion : la Covid-19 n’est définitivement pas une maladie pédiatrique. Les enfants ne s’infectent que très peu, et lorsque cela leur arrive, ils sont dans l’immense majorité des cas atteints par des formes bénignes, voire asymptomatiques, de la maladie. Cet été par exemple, au CHU de Nantes, nous avons testé systématiquement tous les enfants qui se présentaient avec de la fièvre ou des symptômes évocateurs de Covid-19, mais nous n’avons détecté que 4 cas positifs parmi plus de 1000 enfants testés.

Autre point important : les enfants sont très peu impliqués dans la chaîne de transmission de l’infection, en particulier avant dix ans. De nombreux cas en attestent.

En France, fin janvier 2020, un touriste britannique testé ultérieurement positif pour la Covid-19 a côtoyé quinze personnes dont trois enfants lors de ses vacances aux Contamines-Monjoie. Onze adultes se sont ensuite révélés positifs pour la maladie, tout comme l’un des trois enfants, âgé de 9 ans. Durant sa période symptomatique, ce jeune garçon a côtoyé 80 écoliers, dans trois écoles différentes. Pourtant, lorsque ses contacts ont été retracés, aucun cas secondaire n’a été détecté.

En Irlande, des travaux ont également évalué la transmission de la maladie au sein des écoles. Avant leur fermeture le 12 mars, trois jeunes âgés de 10 à 15 ans avaient été infectés par le virus, ainsi que trois adultes. Le dépistage de plus de 1000 enfants avec lesquels ces malades ont été en contact n’ont, là encore, mis en évidence aucun cas de contamination secondaire.
L’idée qui se dégage de ces observations est qu’il ne faut surtout pas que les enfants fassent l’objet de mesures draconiennes, pénibles à vivre, qui pourraient bouleverser leur quotidien, alors que ce microbe ne les concerne que vraiment très peu.

Même en matière de propagation de l’infection ? Voici quelques semaines, une étude parue dans JAMA Pediatrics avait semé le doute…

C. G-LG : Il est important de revenir sur ces travaux et surtout, de les mettre en perspective avec d’autres études. Certes, les enfants sont susceptibles aussi de transmettre l’infection, puisqu’ils excrètent eux aussi du virus. Cependant, la réalité est plus nuancée.

Les auteurs des travaux parus dans JAMA Pediatrics ont mesuré la quantité de virus présente dans le nez de 145 personnes (enfant et adultes) vivant à Chicago et atteintes de formes de Covid-19 légères à modérées, une semaine après le début de leurs symptômes, entre le 23 mars et le 27 avril 2020. Ces tests, des PCR quantitatives détectant des traces du matériel génétique du virus, ont montré que celui-ci était présent en plus grande quantité dans le nez des participants les plus jeunes. Il s’avère donc que la capacité réduite de l’enfant à transmettre l’infection semble indépendante de la charge virale mesurée par PCR, même si celle-ci semble plus élevée chez les jeunes enfants.

En effet, d’autres travaux publiés dans la revue The Lancet Child and Adolescent Health, attestent qu’en Australie, où les écoles sont restées ouvertes durant la première vague, les enfants ont très rarement été à l’origine de l’infection en cas de cluster intrafamilial. Ces recherches ont été menées dans quinze écoles fréquentées par des enfants âgés de six ans et plus et dix maternelles ou crèches accueillant des enfants âgées de six semaines à cinq ans. Sur douze enfants et quinze adultes contaminés, seuls cinq cas secondaires sur 914 contacts retracés ont été diagnostiqués dans les écoles. Dans les crèches et maternelles, sur les dix établissements concernés, neuf n’ont connu aucun cas secondaire, pour 497 contacts retracés. 

Dans l’établissement où des cas secondaires ont été détectés, la transmission s’est faite d’adultes à adultes et d’adultes à enfants uniquement. Enfin, tous établissements confondus, le taux d’attaque d’enfant à enfant s’est avéré être de 0,3 %. Celui d’enfant à adulte était de 1 %, tandis que celui d’adulte à enfant était 1,5 %, et celui d’adulte à adulte, de 4,4 %.

Cela correspond à ce qui a été observé par d’autres équipes. Lorsqu’on s’intéresse aux adultes contaminés et qu’on recherche qui les a initialement contaminés (le « patient 0 » ou « cas index »), dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un adulte. Les situations où le cas index est un enfant sont exceptionnelles.

Autre point à souligner : la revue de littérature exhaustive que nous avons menée en prévision de la rentrée fait ressortir que les enfants s’infectent moins que les adultes, et que ceux qui sont infectés ont contracté la maladie dans leur cercle familial, et pas à l’extérieur, à l’école par exemple, comme on aurait pu le craindre.
Extrait de l'article de Christèle Gras-Leguen

Lire l’intégralité de l’interview :




Source : covidinfos.net
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