"La Vie Hospitalière"

lundi 27 avril 2020

Masques : Comment le gouvernement a menti pour dissimuler le fiasco



Contrairement à ce qu’affirme l’exécutif depuis le début de la crise, la doctrine visant à détenir un stock stratégique d’un milliard de masques était inchangée depuis dix ans. Alerté dès 2018 sur la pénurie, le ministère de la Santé n’a pas réagi

Pendant des semaines, le gouvernement a tout fait pour le dissimuler. Au mois de février, alors que le coronavirus se propage déjà en France, le stock de masques de l’Etat est pratiquement à sec. Une situation qui n’empêche pas Jérôme Salomon, le directeur général de la santé (DGS), d’assurer avec aplomb qu’aucune pénurie n’est à craindre.
Au même moment pourtant, soignants libéraux, personnels hospitaliers et même autorités régionales de santé sont dans le noir. Le ministère de la Santé ne leur donne pratiquement aucune visibilité sur les livraisons de masques à venir et acte, sans le dire, une gestion au compte-gouttes des stocks publics.
Mi-mars, après plusieurs semaines d’inquiétude, les autorités consentent enfin à communiquer l’état du stock stratégique disponible en ­janvier  : 117 millions de masques chirurgicaux et aucun masque FFP2 (modèle plus protecteur), contre respectivement 1 milliard et 600 millions dix ans plus tôt.
Mais le gouvernement, par l’intermédiaire d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, réfute une gestion de la pénurie et se défausse à plusieurs reprises  : cette faiblesse initiale des stocks serait due à un changement de doctrine et de décisions vieilles de près de dix ans. Un véritable mensonge d’Etat. De nouveaux témoignages et documents consultés par Libération permettent en effet de démontrer les errements du gouvernement et la responsabilité du ministère de la Santé dans ce désastre.

Mensonge sur la nouvelle doctrine

« La nouvelle doctrine ne consistait pas à mettre fin aux stocks, » affirme Jean-Yves Grall, directeur général de la santé de 2011 à 2013 et aujourd’hui directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Auvergne-Rhône-Alpes. «L’idée n’était pas de les faire diminuer. »
Au cœur des décisions prises dans les années 2010, le haut fonctionnaire est formel  : contrairement à ce que prétend l’exécutif, la doctrine sur les stocks stratégiques de masques n’a évolué qu’à la marge. Les réflexions ont surtout porté sur les types de masques à utiliser plutôt que sur les niveaux, une évolution « qualitative » selon l’ex-DGS  : « L’idée était, sur la foi de rapport scientifique, de réserver les FPP2 à un certain nombre d’actes médicaux. » Alors que pendant les épidémies précédentes (H5N1 et H1N1), ces protections plus coûteuses avaient été distribuées plus largement par l’Etat.

Plusieurs documents relatifs à cette stratégie démontrent par ailleurs que l’évolution marginale de la doctrine n’explique pas le fiasco actuel.
Au début des années 2010, les stocks sont encore à leur plus haut niveau. Une note de la DGS datée du 27 juillet 2011, déjà évoquée dans la presse, mentionne des réserves de 600  millions de FFP2 et 800  millions de masques chirurgicaux. A ce moment-là, l’objectif du stock est toujours fixé à 1 milliard de masques chirurgicaux, et pas à 145 millions, comme l’a affirmé Véran début mars.
Toujours en 2011, le directeur général de la santé Didier Houssin saisit le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) sur la gestion d’un stock de masques. Cette haute autorité publique doit notamment se prononcer sur les types de modèles devant constituer ce stock. Préconisant le port du masque chirurgical pour la population générale, il indique que les masques FFP2 doivent être réservés aux personnels de santé dans des situations à risque. En 2013, l’idée est résumée dans une doctrine du Secrétariat général de sécurité et de défense nationale (SGDSN) qui, contrairement à ce qu’affirme l’exécutif, ne prône pas l’arrêt des stocks.
Comme l’explique à Libé un cadre de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) en poste durant ces années là, c’est à cette période que les employeurs, donc les établissements de santé, sont chargés de gérer les stocks de FFP2, les stocks centralisés continuant d’exister pour les seuls masques chirurgicaux.
Dans les stocks stratégiques, « le sort des masques FFP2 est réglé à ce moment-là. On a laissé mourir les stocks », assène un autre professionnel du secteur. La dernière commande par l’Etat date de 2010. Avec une durée de validité de quatre à cinq ans, il est donc logique que le stock se retrouve à zéro quand démarre l’épidémie de Covid-19. Mais contrairement à ce qu’a aussi prétendu le gouvernement, ce transfert de masques FFP2 du stock stratégique vers les stocks « tactiques » des établissements de santé n’exonère pas l’Etat d’un contrôle sur les niveaux nécessaires en cas d’épidémie. Un logiciel nommé Sigesse permet même aux ARS, à la DGS et à Santé publique France de suivre et contrôler les volumes disponibles.
Dans le stock stratégique, l’objectif d’un stock conséquent de masques chirurgicaux, lui, n’a jamais été officiellement abandonné. Du moins pas avant 2017.
En atteste une circulaire interministérielle de 2013 toujours en vigueur sur le « dispositif de stockage et de distribution des stocks stratégiques » qui vient rappeler l’essentiel  : l’Etat est bien censé constituer des stocks stratégiques et distribuer des masques chirurgicaux à la population en cas de situation sanitaire exceptionnelle. « Le milliard de masques chirurgicaux est toujours resté la doctrine de sécurité sanitaire », certifient deux hauts fonctionnaires aux commandes jusqu’en 2018.

Comment les stocks ont fondu

Si l’objectif du milliard de masques chirurgicaux dans les stocks stratégiques de l’Etat n’a jamais été abandonné, comment expliquer que l’on se soit retrouvé avec à peine plus de 100 millions d’unité début 2020  ?
La réponse est à mi-chemin entre l’incurie du gouvernement actuel et celle du précédent. Selon nos informations, une ligne budgétaire est censée planifier depuis 2013 l’achat de 100 millions de masques par an par l’Eprus (intégré à Santé publique France en 2016). En réalité, entre 2012 et 2017, pendant le quinquennat de François Hollande, seule une commande de 100 millions d’unités a été passée. En 2014 et 2015, deux marchés pour l’acquisition de 20 millions de masques pédiatriques ont été lancés. Au total, cela porte à 140 millions le nombre de masques acquis en cinq ans sous l’exécutif socialiste. Très loin des 500 millions prévus pour la même période.

Cette ligne budgétaire consacrée à l’achat de masques n’a pas été respectée en raison des arbitrages du ministère à l’époque. « On était coincés par une règle de comptabilité, rapporte l’un des cadres de l’Eprus à cette époque.
Aucune ligne n’est prévue pour les urgences. Or en 2014, il y a eu Ebola. En 2015, les attentats. En 2016, la préparation de l’Euro de foot. A quoi il faut ajouter les risques de menaces bioterroristes et des épisodes grippaux importants, un besoin d’antiviraux en 2014, 2015. Donc à cause de ces événements importants qui ont fait changer la trajectoire, il n’y a pas eu d’achats. » Interrogée à propos de ces choix budgétaires, la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine, dit avoir « le souvenir que parmi les stocks achetés, il y a eu des sérums contre la variole, du Tamiflu et des combinaisons intégrales anti-Ebola. Ce sont des achats logiques compte tenu des enjeux de sécurité sanitaire d’alors ». Et donc pas de masques.
Touraine affirme aussi qu’à son départ, le stock était de 754 millions de masques. Mais l’essentiel était hors d’usage. Constitués dans l’ensemble de masques datant des années 2000, ces lots n’avaient pas de date limite d’utilisation. Or depuis les années 2010, les masques chirurgicaux sont censés afficher une durée d’utilisation limitée à cinq ans. En plus de l’élastique qui s’abîme, ils peuvent aussi perdre de leur capacité de filtration, ou s’abîmer pendant le stockage. Sauf que, « pendant des années, on a eu des stocks très importants, mais dont une grande partie n’avaient pas de date de péremption », se souvient notre expert. Il a donc fallu faire le tri. « En 2016, 2017, une réflexion a débuté pour remettre à plat ces questions. »
En 2018, une expertise est lancée par Santé publique France sur « l’évaluation de la qualité et de l’efficacité des masques chirurgicaux ». Le marché est remporté par l’entreprise belge Centexbel. L’objectif  : tester 125 échantillons composés chacun d’environ 25 masques et leur faire passer toute une batterie de tests  : filtration bactérienne, respirabilité, biocompatibilité (réactions sur la peau), propreté microbienne et résistance de l’élastique. Le résultat tombe  : la totalité du stock testé ne répond plus aux exigences européennes. « Ils étaient tous non conformes, sauf 100 millions qui s’apprêtaient à être périmés », se remémore François Bourdillon, directeur de Santé publique France de 2016 à 2019. Ces 100 millions restants sont ceux commandés en 2013 sous Touraine. Tout le reste est à jeter.
Mais même pour détruire ces masques inutilisables, ça traîne. « Je me souviens que ça coûtait cher, il fallait faire appel à des entreprises agréées, il y a le coût de la logistique pour les sortir puis le coût pour les détruire », relate Bourdillon. Une grande partie de ces masques inutilisables sont toujours dans les entrepôts de 36 .000 m2 du stock stratégique de Santé publique France situé à Marolles (Marne).

La responsabilité du gouvernement

En 2018, Jérôme Salomon reçoit le rapport de Santé publique France sur l’état des masques. Le résultat est catastrophique. Le stock stratégique est réduit à néant  : seuls 100 millions de masques sont encore utilisables, et ils périment l’année suivante. « A ce moment-là, il y a eu des réunions au ministère pour estimer ce qu’il fallait commander, se souvient François Bourdillon. Et puis j’ai reçu une instruction de commande de la DGS d’une faible quantité, qui ne permettait pas de remonter le niveau du stock. Il a été décidé à ce moment-là de ne pas reconstituer le milliard de masques. »
Dans un numéro d’illusionniste et sans détailler ce contexte, Jérôme Salomon a évoqué le 23 avril, lors d’une audition à l’assemblée nationale, cette commande de « 100 millions de masques ». Un volume qui permettait seulement de remplacer la dernière partie du stock quasiment périmée. « Certains ont considéré qu’un stock de masques pour la population n’était pas si important que ça », regrette aujourd’hui François Bourdillon.

En juin 2019, un an après le constat de la faiblesse du stock, un avis d’experts de Santé publique France « relatif à la stratégie de constitution d’un stock de contre-mesures médicales face à une pandémie grippale » est publié. Ce document indique « qu’il n’y a aucun élément nouveau qui amènerait à modifier les recommandations émises » par le passé. En clair, le besoin pour équiper en cas de pandémie la population seule (sans compter les soignants) est d’un milliard de masques chirurgicaux. Ce groupe de travail, piloté par Jean-Paul Stahl, professeur de maladies infectieuses au CHU de Grenoble, avait-il été informé de l’état du stock  ? « Pas du tout », rétorque ce dernier à Libération.
Le ministère de la Santé est pourtant parfaitement au courant de la quasi pénurie. A la suite de la publication de cet avis, aucune décision de renflouer les stocks n’a, là non plus, été décidée par le gouvernement. Quelle était alors la position de Santé publique France  ? « Nous, on est là pour exécuter les instructions, mais quand on remet un rapport d’expertise externe au ministère, c’est une forme de demande… Cet avis était fait pour ça, c’était un rapport de décision, ce n’était pas fait pour être rangé dans un placard », explique aujourd’hui François Bourdillon, qui a quitté la direction à l’été 2019.
Contactés, les premiers responsables de ce choix, Agnès Buzyn, qui était alors ministre de la Santé, et Jérôme Salomon, n’ont pas répondu à nos questions sur ce qui avait guidé cette décision.
Même s’il prône la transparence sur sa gestion des masques, le gouvernement entretient surtout le flou depuis le début de l’épidémie. Etrangement, la commande évoquée par Jérôme Salomon de 100 millions de masques en 2018 n’apparaît pas dans la liste des appels d’offres passés par Santé publique France. Interrogés à ce propos, l’agence et le ministère n’ont pas donné d’explications. Cette commande avait-elle été entièrement ou partiellement livrée au début de l’épidémie  ?
Comment était réellement constitué ce stock de 117 millions de masques dont disposait la France en début d’épidémie  ?
Lors de son audition à l’Assemblée nationale le 23 avril, Jérôme Salomon a jeté le trouble en évoquant « 72 millions de masques repris par Santé publique France », après leur date de péremption. L’état de ces masques a-t-il été expertisé avant d’être réintégré  ?
Interrogée à ce propos, la DGS n’a, là encore, pas répondu à nos questions.
Au plus fort de l’épidémie, dans les régions les plus touchées par le virus, l’écart est abyssal entre les besoins des personnels soignants et les dotations attribuées par l’Etat, comme le révèle un document du ministère de la Santé présenté lors du Conseil de défense et de sécurité nationale le 25 mars. A l’hôpital de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, les besoins, même à l’économie, sont de 84. 000 masques chirurgicaux et 35 .000 masques FFP2 par semaine  : l’Etat n’en distribue respectivement que 20 .000 et 5. 000 par semaine.
À l’échelle nationale, les récits de médecins, infirmiers, aide-soignants désarmés se multiplient. Fin mars, alors que l’épidémie est de plus en plus virulente et que les besoins sont estimés pour les soignants à au moins 40 millions de masques par semaine, le ministère de la Santé en a déstocké seulement 69 millions en huit semaines, selon ce même document du ministère de la Santé.
L’Etat s’est aussi avéré incapable de fournir des masques à toutes les personnes malades. Les commandes passées par les autorités, trop tardives, n’y suffiront pas. Le stock stratégique, pensé justement pour une crise sanitaire, est largement insuffisant. Un haut fonctionnaire en première ligne résume la situation  : « Ils sont tellement incertains de ce qu’il va se passer avec les importations qu’ils refusent de déstocker et transforment cette pénurie en norme. »

Article de Pauline Moullot et Ismaël Halissat





Source : liberation.fr





Pour "La Vie Hospitalière" beaucoup d'interrogations demeurent, dont l'incompréhension de ne pas avoir des masques de protection dans les meilleurs délais possibles pour les personnes les plus à risques et les personnels de Santé dès la première alerte, et cette première alerte nous l'estimons dès le 25 janvier dès lors que nous avions 3 cas.
Trois mois sont passés, et nous ne pouvons qu'être devant une évidence notoire : rien a été fait pour que la population soit réellement protégée.
Pour ne pas conclure.

Ceci écrit de nombreuses entreprises se lancent dans la fabrication de masques, ci-dessous un exemple:


#COVID19 | Spécialisée dans le textile, l'entreprise Les Tissages de Charlieu a réorienté ses moyens de production pour fabriquer des masques lavables et réutilisables.

Plusieurs dizaines d'entreprises françaises ont présenté des prototypes de masques grand public. #TousMobilisés




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Environ 9.000 décès à domicile selon MG France : "La France est l'un des pays les plus touchés


Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes MG France, estime à 9.000 le nombre des décès à domicile depuis le début de l'épidémie

Le médecin normand, à la tête de la principale organisation de généralistes, se bat pour que les libéraux soient en première ligne à partir du 11 mai. Il a aussi lancé un questionnaire par e-mail auprès des adhérents de MG France à travers le pays pour évaluer l’ampleur de l’épidémie en ville et estimer le nombre de personnes, pour l’instant inconnu, décédées chez elles.
Que montre l’étude, à laquelle ont participé plus de 2 300 médecins  ?
Elle nous permet d’estimer qu’il y a eu environ 9 000 décès à domicile entre le 17 mars et le 19 avril. Ce chiffre très dérangeant confirme que la France est l’un des pays les plus touchés.
Pourquoi les généralistes sont-ils restés en deuxième ligne durant cette première vague  ?
La place prise par la réanimation dans le traitement des formes graves a justifié la gestion initiale de la crise par les hôpitaux. Les hospitaliers ont mené, avec réactivité et dévouement, une guerre éclair contre cet ennemi invisible. De notre côté, nous avons pris en charge 1,8 million de malades – tous ceux atteints de formes plus légères –, même si ça a été beaucoup moins médiatisé. Mais le tsunami annoncé n’a pas eu lieu en ville  ; on a plutôt connu une marée moyenne.
Pourquoi beaucoup de patients renoncent-ils à se soigner  ?
La communication de crise du gouvernement, maladroite et incohérente, a découragé les gens de se rendre chez leur médecin traitant. Elle a vidé nos cabinets des patients qui en avaient le plus besoin. Ces dernières semaines, nous avons vu 40 % de personnes en moins : des malades chroniques ou nécessitant une prise en charge urgente. C’est une vraie perte de chance pour eux. On s’apercevra que, durant le confinement, certains patients sont morts chez eux, d’une crise cardiaque par exemple, sans avoir pu être soignés.
Participez-vous à la réflexion sur le déconfinement  ?
Nous avons dû nous imposer pour participer à cette réflexion  ! C’est un paradoxe car, comme la grippe, le Covid-19 est pris en charge pour l’essentiel en ville. Ça nous rappelle l’épidémie de grippe H1N1 en 2009, quand les généralistes étaient tenus à l’écart de la vaccination, organisée de manière militaire dans de grands centres  ! Aujourd’hui, les hôpitaux parisiens créent un système de surveillance des malades à domicile sans même informer les médecins traitants des patients concernés qu’une prise en charge a lieu. Veut-on édifier une nouvelle organisation parallèle  ?
« Ces dernières semaines, nous avons vu 40 % de patients en moins »
Quel pourrait être votre rôle  ?
Nous devons jouer un rôle central. La sortie du confinement n’est possible que si la diffusion du coronavirus est freinée de manière durable. Dès le 11 mai, le traitement des foyers d’infection redeviendra une priorité absolue. Aussi il faut qu’en cas de fièvre ou de toux nous puissions prescrire un diagnostic biologique par PCR dans un laboratoire de ville. Si le patient est très âgé ou ne peut se déplacer jusqu’au labo, une infirmière libérale pourra réaliser le prélèvement et son acheminement. C’est vital car le virus est très contagieux. Si nous demandons à nos patients positifs de s’isoler, ils le feront car ils nous font confiance. Leurs proches, que nous connaissons souvent, accepteront de rester à la maison en quarantaine.
Nous voulons aussi être associés aux enquêtes qui seront menées pour rechercher les cas contact. Cette mission ne doit pas échapper aux équipes de soins primaires.
N’est-ce pas plutôt la mission des enquêteurs des agences régionales de santé et de Santé publique France  ?
C’est aussi la nôtre. Nous sommes présents sur tout le territoire  ; nous connaissons l’environnement familial, professionnel et social des patients. Notre but est d’éviter la formation de nouveaux clusters  ; c’est la seule façon de circonscrire l’épidémie, d’éviter un rebond. Enfin, nous pouvons également aider à la protection des plus âgés ou fragiles, particulièrement menacés par le virus. Nous pouvons les inciter et les aider à rester le plus possible chez eux. Nous pouvons aussi rassurer une personne de 70 ans en très bonne santé.
Article d'Anne Laure Barret


Source : lejdd.fr

Le Docteur Charbonier donne son ressenti et son expertise sur l'actualité hebdomadaire



Le gouvernement a autorisé le Rivotril injectable, sans le consentement du malade, sans le consentement de la famille, donc c'est assez scandaleux...

Un constat au 3 avril : une augmentation de la mortalité de 50 % pour les personnes de plus de 75 ans...













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dimanche 26 avril 2020

Auxiliaires de vie : « On est la basse classe, celle dont on ne parle pas »


Malgré le coronavirus, les aides à domicile continuent d’aller chez les personnes âgées dépendantes pour un maigre salaire. Comme Sophie de Saint-Andrieu, en Seine-Maritime

« Ne buvez pas votre café debout, c’est signe de dispute. J’ai appris ça au contact des personnes âgées », s’amuse Sophie de Saint-Andrieu. Il est 8 heures 30 et l’auxiliaire de vie se prépare. Tennis sans lacets, legging, masque chirurgical, gants, gel hydroalcoolique, attestation de déplacement. « Au début du confinement, on a travaillé sans masque, puis on nous en a donné des artisanaux en tissu dans lesquels il faut glisser un mouchoir. Je partais la peur au ventre. On n’a toujours pas de blouse et je sais que le virus s’approche. Mais je ne peux pas laisser tomber les gens. »

Mme J., 81 ans, sa première visite de la journée, habite à quelques kilomètres de Goupillières, un village de Seine-Maritime où vit Sophie de Saint-Andrieu. La petite route serpente entre les bois et les champs. La vieille dame commençait à s’impatienter. Elle peine à déplacer son corps lourd, épuisé par dix grossesses, dans les quelques mètres carrés de son salon-salle à manger-chambre à coucher. Il y a bien un étage, mais elle n’y monte plus depuis longtemps. Elle n’a plus le courage non plus d’aller jusqu’aux WC, bien que ses médicaments lui donnent la diarrhée.

« Travail d’esclave »

Comme chaque matin, Sophie de Saint-Andrieu craint de trouver la couche qui a débordé, le lit et le sol souillés. Mais pas aujourd’hui. Elle a une heure pour la changer, la laver, l’habiller, recharger le vieux poêle à mazout qui trône dans la pièce, faire revenir les pommes de terre qu’elle a fait cuire la veille. Elle avait acheté de la raclette à faire fondre dessus, mais Mme J. a tout mangé durant la nuit. Elle épluche des légumes pour faire du potage qu’elle mixera le soir et mettra en bocaux le lendemain matin. La toilette se fait avec une cuvette, dans la cuisine, à l’ancienne, corps contre corps, souffle contre souffle. Mme J. la tutoie, l’appelle « ma belle », car elle ne se souvient pas toujours de son prénom.

Chez la bénéficiaire, Sophie doit faire un maximum de tâches en une heure : préparer les repas, faire la toilette, du ménage, soulager les plaies. Elle fait office d’assistante sociale et doit être un peu infirmière parfois aussi. Sophie De Saint Andrieu est auxiliaire de vie sociale à domicile. Elle est salariée de l’Asef depuis 2015. Avec la crise du coronavirus, elle a perdu toutes ses heures de ménage. Il ne lui reste plus que deux bénéficiaires. Son salaire au SMIC va être amputé. Seine Maritime, NormaPhoto Florence Brochoire pour Libération

À cause du Covid-19, les enfants et les petits-enfants de Mme J. ne passent presque plus la voir. « Je n’ai pas trop le moral. Alors, j’ai accroché des photos. » Le kiné ne vient plus non plus. C’est la femme de son fils aîné qui lui fait faire « ses exercices ». « Elle a besoin d’une toilette intime, alors on a pris une aide une heure le matin et une demi-heure le soir. C’est difficile pour ses filles mais notre niveau financier est restreint », se désole la belle-fille. Le mari de Mme J. était ouvrier, sa veuve touche 920 euros de pension de réversion. Le loyer est de 224,97 euros. Le reste part dans les courses, l’assurance, la mutuelle, le fuel, l’aide à domicile. « Le week-end, c’est un peu plus cher. On prend une demi-heure le samedi et le dimanche. Pour économiser un peu, c’est moi qui fais les courses, Sophie me fait la liste. » Une fois les aides sociales déduites, l’auxiliaire de vie leur revient à 90 euros par mois. « On ne peut pas payer plus. »

Mme J. a les jambes abîmées, des dermatoses sur le corps et une crème intime prescrite. Sophie de Saint-Andrieu lui donne un bain de pieds, remet des pansements. Elle travaille pliée en deux, malgré ses 51 ans. « Ce n’est pas la position réglementaire, mais j’ai trop mal aux genoux. » Mme J. la houspille. « Ne soyez pas si pressée, je fais ce que je peux », répond-elle, patiemment. Depuis le début de l’épidémie, le pédicure, remboursé par la Sécurité sociale pour les diabétiques, ne vient plus. Couper les ongles est un geste médical, mais il faudra bien le faire si le confinement est prolongé.

Chez la bénéficiaire, Sophie doit faire un maximum de tâches en une heure : préparer les repas, faire la toilette, du ménage, soulager les plaies. Elle fait office d’assistante sociale et doit être un peu infirmière parfois aussi. Sophie De Saint Andrieu est auxiliaire de vie sociale à domicile. Elle est salariée de l’Asef depuis 2015. Avec la crise du coronavirus, elle a perdu toutes ses heures de ménage. Il ne lui reste plus que deux bénéficiaires. Son salaire au SMIC va être amputé. 

C’est le jour de la visite mensuelle de la médecin. Anne Vigreux pose des questions à Sophie, lui donne des conseils pour les soins. « Une crème intime a été prescrite, mais les infirmières sont minutées elles aussi, elles ne peuvent pas toujours venir juste pour mettre une crème, explique la généraliste. Les aides à domicile sont vraiment au contact, ce sont elles qui nous transmettent les informations. Avec le Covid, certaines ont fait jouer leur droit de retrait. On s’est retrouvé avec des patients sans toilette, dont une personne de 94 ans totalement seule. »

Après un CAP d’employée technique de collectivité, Sophie de Saint-Andrieu a travaillé dans une usine d’escargots. Elle a commencé à s’occuper de personnes dépendantes en 1998. « Je travaillais pour la Croix-Rouge. Mon premier bénéficiaire était un cas très lourd, un couvreur devenu tétraplégique. Il fallait utiliser un peniflow [un étui pénien pour l’incontinence, ndlr]. J’ai tout appris sur le terrain. » Un apprentissage difficile, au domicile de personnes dans des conditions parfois rudes. Pour la docteure Anne Vigreux, « c’est un travail d’esclave. Les aides à domicile travaillent seules chez des gens parfois aigris par la solitude. Leurs horaires sont extensibles, de 7 heures à 20 heures, pour un salaire de misère, qu’il pleuve, vente ou neige. Certaines n’ont pas le temps de manger. Elles ne savent jamais ce qu’elles vont trouver en arrivant, parfois il y a eu une chute, un AVC. Il faut savoir réagir, s’adapter. On parle de maintien à domicile sans imaginer ce que cela recouvre. C’est un métier très difficile, très humain, et il n’y a aucune reconnaissance, notamment de la part du corps médical. »

Une fois, Sophie a trouvé l’un de ses bénéficiaires, hémophile, la peau du bras arrachée par un de ses lapins. Elle a appliqué une serviette pour arrêter l’hémorragie en attendant les secours, qui l’ont enguirlandée. « Il y a souvent confusion, mais je ne suis ni aide-soignante ni infirmière. Je n’ai pas les diplômes. » Elle ne digère pas qu’un infirmier l’ait rembarrée alors qu’elle lui demandait un conseil. « Même pour le gouvernement, on est la basse classe, celle dont on ne parle pas aux actualités. Pourtant, nous aussi on est en première ligne. »

Tâches informelles

Des liens forts se nouent avec les bénéficiaires ou leur famille. Parfois trop. « Je m’occupais d’une dame. Quand elle est morte, son mari était complètement perdu. Il m’appelait à 2 heures du matin. C’est moi qui ai dû choisir le cercueil. » Car si le travail contractuel est chronométré, les tâches informelles non rémunérées sont nombreuses. Les familles l’appellent le soir, et les passages au bureau de l’association pour prendre les informations ou le matériel, le temps d’habillage et de transport ne sont pas comptés. Seule une indemnité kilométrique est versée, de 0,35 euro. « Moi, je refuse de faire 15 kilomètres le dimanche pour aller travailler une demi-heure. Mais certaines le font. »




Chez la bénéficiaire, Sophie doit faire un maximum de tâches en une heure : préparer les repas, faire la toilette, du ménage, soulager les plaies. Elle fait office d’assistante sociale et doit être un peu infirmière parfois aussi. Sophie De Saint Andrieu est auxiliaire de vie sociale à domicile. Elle est salariée de l’Asef depuis 2015. Avec la crise du coronavirus, elle a perdu toutes ses heures de ménage. Il ne lui reste plus que deux bénéficiaires. Son salaire au SMIC va être amputé. Seine Maritime, NormaPhoto Florence Brochoire pour Libération

Avec l’épidémie, le sentiment de précarité s’est encore accentué. Les prestations de ménage ont été supprimées. Toutes ses heures ont été payées, ou presque, pour le mois de mars, mais elle s’inquiète pour ses revenus d’avril. Même avec le dispositif de chômage partiel, « ne toucher que 80 % est compliqué quand on gagne 700 euros ». D’autant plus que son mari, ouvrier confiné, ne touche en ce moment que 84 % de son salaire. « Mon père est mort fin mars. Il n’avait qu’une petite retraite. C’est à moi de régler les frais d’obsèques. »

Le repas est prêt, la vaisselle faite, le linge étendu, le lit retapé, la poubelle sortie. « Mon contrat prévoit la toilette, la préparation des repas et les courses. Mais ça va au-delà, tout le temps. Si on ne le fait pas, qui va le faire ? » Sophie de Saint-Andrieu note dans le cahier de liaison les informations destinées à la famille et à l’infirmière, prévient son employeur qu’elle part. Avec le bain de pieds, la visite du médecin et les échanges avec la belle-fille, l’heure contractuelle, 11,21 euros brut, est bien dépassée. « Je n’ai pas chômé, mais c’est pour ma pomme,» soupire Sophie de Saint-Andrieu. «Mon patron dit que j’en fais trop. Mais mon métier, c’est aide à domicile. Je suis là pour aider les gens. »

Par Laurence Defranoux, envoyée spéciale à Goupillières.



Source : liberation.fr
Pour plus d'informations 


Lire aussi:
L’appel au secours d’une auxiliaire de vie






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Faute de protection, des soignants souffrent, contaminent et succombent


Des milliers de professionnels de santé et de pompiers sont aujourd’hui contaminés. Certains souffrent et meurent. D’autres continuent à travailler, et propagent ainsi le virus. L’AP-HP envisage pourtant de systématiser ce fonctionnement, selon une note interne obtenue par Mediapart

Leur situation n’est jamais évoquée dans les statistiques diffusées chaque soir par le directeur général de la santé Jérôme Salomon. Pourtant, pas assez protégés, les soignants tombent malades, contaminent leurs propres patients, leurs proches, et meurent de l’épidémie. 
Le phénomène, d’une ampleur inédite, suscite l’inquiétude et l’exaspération de soignants, qui ne devraient pas être rassurés par une note interne de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) que Mediapart s’est procurée : le navire amiral des hôpitaux français prévoit de continuer à faire travailler, dans la perspective du déconfinement, les soignants testés positifs au Covid peu symptomatiques et non immunisés.

Initialement rédigée le 11 avril, la note a été mise à jour le 13 avril, après l’annonce par Emmanuel Macron de la date du 11 mai pour le déconfinement. Sur six pages, Martin Hirsch, son directeur adjoint François Crémieux, son directeur médical de crise, le professeur Bruno Riou, et son directeur de la stratégie de transformation de l’AP-HP, Frédéric Batteux, listent les risques auxquels l’AP-HP doit faire face, les solutions envisagées et la préparation du déconfinement.

« Les soignants étant exposés, il est indispensable de les considérer comme prioritaires pour les tests », indique le patron de l’AP-HP dans le document. Avant d’expliquer qu’une partie du personnel, même s’il est testé positif, devra en réalité continuer à travailler : « Induire une politique large d’éviction (des PCR + [testés positifs] pas ou peu symptomatiques ou des non immunisés) rendrait impossible la continuité du système des soins », justifie-t-il.

La direction de l’AP-HP organise ainsi la mise en danger des soignants mais sait que « cela sera un point très délicat à discuter et à faire accepter avant de commencer le dépistage à large échelle dans ces populations ». D’autant que le personnel est déjà exposé aux risques de « l’épuisement, du burn-out et du stress post-traumatique », exacerbés par « les premiers décès qui surviennent parmi les soignants » et par « l’extrême frustration de devoir toujours rationner les équipements de protections et certains médicaments ».

« L’exposition au risque est réelle et se traduit maintenant par des décès », reconnaît Martin Hirsch, en estimant qu’« il faut vite pouvoir leur dire [aux soignants] que leur situation est bien prise en compte », pour « éviter toute démobilisation alors que la crise sanitaire va se prolonger ».

Interrogée sur cette nouvelle doctrine, l’AP-HP minimise en parlant d’une « réflexion générale », et indique que la « politique appliquée » est celle d’un dépistage massif pour la sécurité du personnel. Mais ce nouvel hiatus illustre, si c’était nécessaire, l’absolue confusion qui règne : personne ne teste de la même façon, personne n’applique les mêmes précautions, personne ne fait remonter les infos à l’identique, et, dans ce contexte, il est impossible d’obtenir des statistiques nationales fiables.

À l’AP-HP, sur 100.000 personnels, 4.275 ont présenté des tests positifs au Covid-19. « 7 sont en réanimation et 3 sont décédés », précise Olivier Youinou, co-secrétaire du syndicat SUD Santé. L’AP-HP se félicite de son côté, le 23 avril, que « le nombre de personnels atteints par le virus continue à diminuer ».

Le 20 avril, 35 soignants ont été testés positifs, alors qu’ils étaient 200 en moyenne chaque jour deux semaines plus tôt. Selon nos calculs, au 14 avril, près d’un quart des tests positifs pratiqués dans les hôpitaux de Paris concernaient des soignants. Les autres établissements ne sont pas en reste : selon un document interne de l’Agence régionale de santé Île-de-France que nous avons pu consulter, le nombre de cas dans les établissements sociaux et médico-sociaux s’élève, au vendredi 24 avril, à 14.797 (225 nouveaux cas en 24 heures), dont 8.942 pour les seuls Ehpad de la région.

Les mêmes chiffres, impressionnants, témoignent de la déflagration de l’épidémie dans les hôpitaux de l’est du pays. Depuis le 1er mars, 571 agents de l’hôpital de Mulhouse ont été placés en arrêt de travail pour « Covid avéré ou suspecté ». Soit près de 10 % du personnel. « 26 professionnels ont été hospitalisés. » À ce jour, il y en a encore « 17 », selon la direction. « Aux urgences, environ 20 % du service a été contaminé », témoigne une infirmière de cet hôpital, qui dit avoir « baigné dans le virus pendant des semaines ».

À Strasbourg, 570 professionnels des hôpitaux universitaires ont été dépistés Covid positifs au jeudi 23 avril, dont « 235 » sont revenus au travail, indique l’établissement. Aux hôpitaux civils de Colmar, on comptabilise « 358 résultats Covid-19 positifs » depuis la mise en place d’un centre de prélèvements pour les soignants. Un médecin est hospitalisé.

L’hôpital est-il aujourd’hui un cluster, c’est-à-dire un lieu ou l’épidémie circule encore activement ? En réponse à nos questions, l’AP-HP affirme que « la grande majorité des cas de Covid-19 est d’acquisition communautaire et non hospitalière dans [ses] hôpitaux ». Cette thèse est de plus en plus contestée.

Le dernier soignant décédé, le médecin urgentiste de Lons-le-Saunier Éric Loupiac, 60 ans, mort du Covid-19 jeudi 23 avril, avait été contaminé le 6 mars, « au contact d’un des premiers patients atteints du Covid-19 qui s’est présenté dans [leur] service d’urgences », explique un de ses collègues, infirmier. « Il a été contaminé au début de l’épidémie, quand on nous disait que les masques n’étaient pas si importants », s’agace le médecin urgentiste Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui décrit Éric Loupiac comme « un homme de 60 ans en bonne santé, sportif, qui ne présentait pas de facteur de risques ».

Le professeur Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, rappelle que « l’hôpital est un important foyer potentiel de contamination dans tous les pays du monde ». « En France, ajoute-t-il, des soignants continuent à travailler alors qu’ils sont positifs, d’autres ne se font pas dépister malgré l’existence de symptômes évocateurs ». Autrement dit : rien n’est fait pour bloquer la circulation du virus à l’hôpital.

Aucun protocole national de dépistage des soignants
Certains groupes hospitaliers font l’effort de compter le nombre des soignants contaminés, mais ce sont des exceptions. Selon une étude conduite auprès de 1 300 médecins par le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphar-e), 37 % observent « une omerta » sur le taux local de contamination dans leur hôpital.

Pour l’académie de médecine, la transmission au personnel soignant est même un « point aveugle de l’épidémie ». Existe-t-il des directives officielles sur le décompte des soignants contaminés ? Interrogée, la Direction générale de l’offre de soins, au sein du ministère de la santé, nous a répondu qu’il existait « depuis peu » un dispositif de « remontée des cas d’infections survenant parmi les personnels des établissements de santé ». Ce dispositif est censé fonctionner, mais aucun cas n’est pour l’instant mentionné sur le site indiqué.

Pour Yasminal Kettal, infirmière aux urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis et membre du Collectif Inter-urgences, « l’absence de statistiques montre bien que les soignants contaminés, ce n’est pas important. C’est pourtant leur responsabilité d’employeur de suivre les contaminations, service par service, et de revoir les règles d’hygiène là où c’est nécessaire ». « Ils sont partis du postulat qu’on allait tous être contaminés », dénonce-t-elle. Dans son service, « 25 membres du personnel ont été contaminés, sur 90. Certains étaient dans un état grave, c’était flippant ».

Elle-même a été arrêtée une semaine, en raison d’une forte fièvre, d’une fatigue intense, de courbatures, quelque chose de « costaud ». Elle a été testée au début de ses symptômes, mais le test est revenu négatif. Chez les personnes contaminées, 30 % des tests sont des « faux négatifs » : ils ne détectent pas le virus, alors qu’il est présent, mais pas encore dans la gorge ou le nez, là où sont pratiqués les prélèvements.

Les chiffres connus ne représentent donc qu’une partie des contaminations de soignants, en raison de ces faux négatifs, du nombre de cas asymptomatiques, mais surtout de pratiques de test très variables d’un établissement à l’autre. « Dans certains services, une simple fièvre justifie un test, explique Olivier Youinou, co-secrétaire du syndicat SUD Santé de l’AP-HP. Mais ailleurs, il faut présenter une détresse respiratoire pour l’obtenir. C’est à l’appréciation de l’encadrement et du management. Certains estiment que les soignants suspects de Covid-19 doivent continuer à travailler avec des masques. » L’AP-HP se protège derrière la « consigne » donnée de « dépister tous les soignants au moindre symptôme, même faible ».

« Il n’y a pas de protocole national de dépistage, cela se fait selon les services de médecine du travail, appuie Béatrice, interne en médecine du travail dans un hôpital d’Île-de-France. Dans mon hôpital, chaque soignant qui présente des symptômes est testé. On teste assez large. Quand deux ou trois soignants sont positifs dans un même service, on teste tout le monde pour identifier les clusters. Cela a mis du temps au début, malheureusement ; on a navigué à vue. »

Les cas de soignants testés positifs au Covid, et même malades, qui continuent à travailler sont nombreux, spécialement chez les médecins. « Deux médecins de mon service de réanimation ont continué à travailler en étant malades. Ils expliquaient qu’ils n’avaient pas de symptômes, donc qu’ils n’étaient pas contagieux. Nous, on ne comprend pas ce discours », témoigne un aide-soignant d’un hôpital parisien. Et en effet, des études scientifiques de plus en plus nombreuses montrent que les patients atteints contaminent quelques jours avant l’apparition des symptômes. C’est précisément pour cette raison que l’épidémie de SARS-CoV-2 est si difficile à contrôler.

Sandra Fournier, du service de prévention du risque infectieux, assure que « les personnels positifs au Covid-19 sont arrêtés pour au moins sept jours. Cet arrêt peut être prolongée si l’état clinique le nécessite ».

Le professeur de réanimation Jean-Michel Constantin confirme pourtant qu’il « conn[aît] des médecins qui ont continué à travailler en étant positifs. Mais ils étaient dans des services dédiés aux malades du Covid-19 et ils portaient en permanence des masques pour protéger les autres ». Le syndicaliste et infirmier anesthésiste Olivier Youinou tance : « Nous travaillons ensemble, nous faisons des gestes ensemble, d’une manière très rapprochée. Ces médecins peuvent nous contaminer ! »

L’infectiologue Éric Caumes est clairement en désaccord avec ces pratiques : « J’ai eu deux clusters dans mon service. Je l’ai fait dépister en totalité, même les personnes non symptomatiques. Nous avons trouvé une dizaine de cas, sur deux étages différents. Tous sont rentrés chez eux, parce qu’il faut casser les chaînes de contamination. Il faut être exemplaires vis-à-vis de nos personnels. »
Le blocage des chaînes de contamination bute aussi sur un problème structurel : le manque de matériel de protection. « Rien n’est réglé ! Quand le gouvernement dit qu’il a répondu aux problèmes, c’est faux. À 15 jours du déconfinement du 11 mai, le problème du matériel de protection n’est toujours pas solutionné, c’est inimaginable », s’agace Astrid Petit, sage-femme et membre de la direction fédérale de la CGT.

Faute de recensement public, le syndicat a lancé, depuis la fin du mois de mars, ses propres enquêtes nationales sur les contaminations de soignants et le manque de matériel.

Les deux premières ont montré un « bond impressionnant » des taux de contamination. « Dans les premiers résultats, le 6 avril, nous avions 2 746 soignants contaminés sur 400 000 salariés, ce qui représente un taux de contamination six fois supérieur à celui de la population. Lors de l’actualisation de l’étude, le 16 avril, nous étions à 6 676 soignants contaminés, alors que nous avons eu moins de réponses (132 syndicats, représentant 273 000 salariés). » Surtout, la CGT a enregistré 10 agents décédés du Covid-19 au 16 avril, contre un seul dix jours plus tôt.

Une nouvelle enquête, dont les résultats sont en cours de traitement, sera publiée dans les prochains jours. Dans des résultats intermédiaires, au 23 avril, 62 % des interrogés ont répondu « oui » à la question « Manquez-vous de matériel de protection ? ». Dans l’ordre, les soignants ne s’estiment pas assez dotés en blouses de protection (dans 75 % des réponses ; relire par ailleurs notre enquête ici), ensuite en masques de protection FFP2 (dans 56 % des réponses), puis en masques chirurgicaux.

110 sapeurs-pompiers de Paris testés positifs et quelque 350 cas suspects
« Des problèmes concernant les gants apparaissent aussi dans cette enquête, dans 16,5 % des réponses », relève également Astrid Petit. « Dans 60 % des réponses, à ce jour, les professionnels n’ont pas non plus d’accès facile au dépistage. C’était 67 %, le 6 avril. Il y a un léger mieux, mais la tension est toujours là. Et je le rappelle, le déconfinement est dans 15 jours », ajoute la syndicaliste.

La médecine de ville n’est pas épargnée. Bien au contraire, puisqu’elle paye un lourd tribut depuis la propagation du Covid-19.

« Au début de la crise, on n’a rien reçu, aucune protection supplémentaire, explique Francis*, médecin à domicile dans une région fortement impactée par le virus. On s’est organisés avec nos relations. Des médecins plus anciens nous ont dépannés avec des vieux masques de la période Bachelot. Une entreprise de métallurgie nous a aussi donné des FFP2, des combinaisons et des solutions hydro-alcooliques. J’ai fait 30 bornes pour aller récupérer quelques masques chez un cuisiniste. Les masques étaient pleins de poussière, entreposés au fond d’un garage. »

Le groupement de Francis – une cinquantaine de médecins – a aussi développé, depuis mars, son propre circuit d’approvisionnement avec la Chine : « On a aussi réussi à avoir un contact là-bas qui vérifie la qualité sur place avant de nous les envoyer. On se croit un peu comme des trafiquants. On a l’impression de dealer de la drogue, alors que ce sont des masques ! » Les médecins « font venir une petite quantité à chaque fois, 300 ou 400, en espérant ne pas être saisis par la douane ». « On a voulu faire une grosse livraison pour tenir trois mois mais c’était trop cher, plusieurs dizaines de milliers d’euros, on ne pouvait pas l’assumer. » Malgré la dotation actuelle de l’État, revue à la hausse après les dernières importations, « si on n’arrive plus à se fournir par nos propres moyens, on doit s’arrêter le 2 mai ».

« On ne prendra pas le risque d’aller chez les gens sans FFP2 », ajoute-t-il. À ce jour, six médecins sur la cinquantaine de son groupement ont été dépistés positifs au Covid.

La crainte de transmettre le virus aux autres, c’est aussi ce qui habite Mélanie*, infirmière en unité Covid au CHU de Strasbourg. « Dans mon service, je dirais que ce sont trois quarts des infirmières qui ont attrapé le Covid. Je n’ai pas eu de symptômes, mais je ne sais pas par quel miracle je ne l’aurais pas eu, explique-t-elle. C’est très dur psychologiquement. On ressent de la culpabilité de contaminer ses proches. »

Mélanie et son mari font chambre à part. « Mes enfants ont développé des symptômes liés au stress. Ma fille me dit souvent : “Reviens maman, je ne veux pas que tu meures, je veux retourner dans ton ventre pour être protégée.” Le sacrifice est lourd quand même », dit-elle, prise par l’émotion.

« On a soigné des membres de la famille de collègues, reprend Yasmina Kettal, à Saint-Denis. Comment ont-ils été contaminés ? On est aussi terrifiés pour nos proches. »

Même problématique chez les sapeurs-pompiers. « J’ai été en contact avec une personne qui avait les symptômes du Covid, donc on m’a demandé de porter un masque chirurgical en permanence pendant ma garde, explique Hugo*, qui exerce en Moselle. J’ai eu peur d’être vecteur du virus chez moi. On me demandait de porter un masque toute la journée mais on me laissait rentrer à la maison sans rien. C’est dur à comprendre. J’ai du coup adopté des mesures de sécurité maximales, pour ne pas contaminer mes proches. Mais ce n’est pas facile avec un enfant en bas âge. J’allais dormir dans notre chambre d’amis. »

Comme le ministère de la santé, le ministère de l’intérieur ne fournit aucune donnée publique sur les taux de contamination des sapeurs-pompiers.

Officiellement, il n’y a eu qu’un seul cas de soldat du feu décédé à cause du Covid-19. Olivier Lugand, 58 ans, était, comme le rapporte Le Parisien, pompier volontaire dans les Yvelines. Il est décédé dans la nuit du 11 au 12 avril. Mais, assure une source à la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC, la direction au sein de Beauvau qui chapeaute les sapeurs-pompiers), Olivier Lugand n’avait pas participé à des interventions sur des personnes atteintes par le coronavirus. En revanche, il était infirmier de profession et aurait pu être contaminé dans le cadre de son activité professionnelle.

Fin mars, Le Figaro indiquait qu’il y avait déjà plus de 200 pompiers atteints du coronavirus et 2 000 autres confinés en raison d’une suspicion de contamination. Début avril, le lieutenant-colonel Gabriel Plus, le porte-parole la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), évoquait lui dans 20 Minutes « une trentaine de cas avérés sur les 8 500 pompiers de la brigade. Trois d’entre eux ont dû être hospitalisés en réanimation mais sont désormais sortis ». Selon nos informations, il y a désormais 110 sapeurs-pompiers de Paris testés positifs et quelque 350 cas présentant des symptômes suspects.

Sollicités par Mediapart, le ministère de l’intérieur et la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises n’ont pas souhaité répondre à nos questions (voir Boîte noire). Y compris celles concernant les tensions sur les stocks de matériel de protection.

Ce silence est d’autant plus embarrassant que, selon nos informations, plusieurs directeurs de Sdis, les services départementaux d’incendie et de secours semés dans tout le territoire, avaient tiré la sonnette d’alarme auprès de leur autorité de tutelle, concernant la pénurie prévisible de masques chirurgicaux et FFP2, dès le mois de février.

Des alertes sur le manque de matériel dès le mois de février
Des alertes remontées par des appels téléphoniques, des mails mais aussi le « blog des directeurs », un fil de discussion ouvert à 200 personnes comprenant tous les directeurs de Sdis, leurs adjoints, la haute hiérarchie des sapeurs-pompiers et la DGSCGC. Ceux qui s’y expriment tiennent un discours radicalement différent de celui tenu publiquement au même moment par les plus hautes autorités de l’État.

Comme ce 27 février, jour où le DGS Jérôme Salomon déclare publiquement qu’« il n’y a pas de sujet de pénurie ». Au même moment, le colonel Jean Moine, directeur du Sdis de la Charente, prend la plume sur le blog des directeurs. « En février, on a commencé à réfléchir à reconstituer nos stocks. J’ai demandé à notre pharmacien-chef et quand il consulte ses fournisseurs habituels, il me fait état d’un niveau de prix démesuré. Les masques qu’on achetait 22 centimes étaient vendus désormais 1,5 € HT pièce. J’ai fait remonter l’information au ministère. On s’est aperçus que nous n’étions pas les seuls. Les préfectures des zones de défense nous ont ensuite alimentés en masques », explique-t-il à Mediapart.

D’autres directeurs sont beaucoup plus inquiets. « Notre fournisseur de masques FFP2 et 3, […] nous a récemment indiqué ne pouvoir être en mesure de nous réapprovisionner avant juillet 2020 ; même chose pour les masques chirurgicaux. A priori, les autres fournisseurs sont dans la même situation. Nous risquons de manquer de masques au plus fort de l’épidémie… », interpelle le directeur du Sdis du Tarn. L’adjoint du Sdis des Yvelines interroge : « Au regard de l’état de nos stocks sur l’un ou/et l’autre de ces types de masques, quelle est la doctrine préconisée par le DGSCGC, pour permettre aux Sdis de garantir dans le temps et selon les capacités de réapprovisionnement un niveau de sécurité adapté […] ? »

Sollicités par Mediapart, plusieurs directeurs nous ont confirmé n’avoir jamais eu de retour de la part de leur autorité de tutelle. La DGSCGC et le ministère de l’intérieur n’ont pas souhaité commenter.

« Des préoccupations se sont exprimées. On était en tension. Mais il n’y a pas eu de rupture opérationnelle où des pompiers étaient mal équipés », temporise un directeur de l’ouest de la France, dans un département peu touché par l’épidémie. D’autres laissent percevoir leur inquiétude, comme ce directeur d’un Sdis du sud-ouest de la France : « Il n’y a plus de tension sur les masques. Les FFP2, on en a encore. On réutilise des périmés. Maintenant, le problème se porte plutôt sur les blouses et combinaisons de protection. Nous avons passé des commandes pour des combinaisons jetables mais on n’arrive pas obtenir de réponse des fournisseurs sur quand on sera livrés et en quelle quantité… »

Le discours se durcit sur le terrain, là où la pandémie a le plus fortement éprouvé les systèmes de santé et de secours. Selon une source interne à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, au plus fort de la pandémie, « on se protégeait uniquement pour les suspicions de Covid, faute de stocks et de visibilité sur l’approvisionnement. Au lieu de se protéger sur toutes les interventions, ce que nous aurions fait sinon, et ce que nous faisons dorénavant. »

À un moment, critique, il n’est resté que près de 6 000 masques, alors que la brigade réalise 1 200 interventions de secours à victime par jour. Soit, considérant qu’il y a trois équipiers par camion, des réserves pour deux jours d’intervention, trois si un sapeur-pompier était laissé à l’intérieur du camion au lieu de participer à l’intervention de secours.

« Rien n’a été anticipé. Zéro, se désole Lionel*, un sapeur-pompier de Moselle. On s’est retrouvés avec une caisse vide de FFP2 et des notes de service contradictoires qui en ont progressivement réduit l’accès. » Un autre pompier du même département complète : « Les règles se sont assouplies au fil des jours. Au début, c’était FFP2 pour tout le monde. Mais plus on voyait le virus se propager, plus il faisait preuve de sa virulence, et plus on nous disait que le FFP2 n’était pas nécessaire… Au pire de la crise, on transportait des patients Covid à l’Hôpital de Mercy [à Metz] avec un masque chirurgical et en tenue classique, avec laquelle on va aller manger. Le personnel hospitalier prenait le relai avec des blouses, des charlottes, des FFP2. C’est pourtant le même virus. »

Le cas Nicolas*, un autre pompier de l’Est avec 20 ans de carrière, illustre bien toutes les limites de la stratégie française qui, pour gérer une pénurie, a restreint jusqu’à l’extrême l’accès aux tests et protections. « À la mi-mars, je suis intervenu dans un Ehpad où une dame souffrait de nausées et de diarrhée, raconte le professionnel. Nous n’avons mis nos masques qu’une fois que nous étions dans l’ambulance, à cause de la promiscuité, et encore, en théorie nous n’aurions pas dû le faire. La règle, c’est : pas de suspicion Covid, pas de masque. J’ai transgressé les règles et cinq jours plus tard, l’Agence régionale de santé m’a appelé : la dame était en fait atteinte du Covid. »

Nicolas devient alors à son tour un porteur suspect et un vecteur potentiel du virus. « L’ARS m’a dit qu’il ne fallait plus que j’aille faire mes courses, que je ne devais plus faire mon gazole mais, par contre, je pouvais continuer à aller travailler… » Ne présentant aucun symptôme, le pompier n’a pas été testé et a continué à se rendre en caserne. « On m’a demandé de porter un masque chirurgical toute la journée. »

Le pompier est même retourné dans un Ehpad. « Je portais mon masque chirurgical, j’en avais les larmes aux yeux. C’était pour une mamie. Je me disais : c’est horrible, je suis une bombe à retardement, je suis peut-être en train de la tuer. J’ai fait ce métier pour protéger les gens. Je me suis dit : je ne protège plus, je risque de tuer. »

Plusieurs soignants, ainsi que des sapeurs-pompiers professionnels, ont requis l’anonymat pour témoigner. Leurs prénoms ont été modifiés et sont signalés par un astérisque (*) dans l’article.

Mediapart a sollicité, au cours de cette enquête, une dizaine de directeurs de Sdis, des sapeurs-pompiers et l’ensemble des préfectures chargées des sept zones de défense qui supervisent elles-mêmes l’activité des sapeurs-pompiers sur le ressort national, ainsi que le ministère de l’intérieur et la DGSCGC.

Trois heures après l’envoi de nos questions aux différentes administrations, l’état-major de la zone de défense Grand Est envoyait un mail aux différents Sdis de son secteur ayant pour objet « IMPORTANT - Demandes de MEDIAPART - Questions sur la sécurité des sapeurs-pompiers » : « Bonsoir à tous, actuellement, il semble qu’un journaliste de Mediapart souhaite obtenir des informations sur l’action des SP pour COVID19 notamment sur la ZONE EST. Merci de ne pas répondre et de le renvoyer sur le MININT [ministère de l’intérieur]. » Puis, l’auteur du mail employait des guillemets, laissant entendre qu’il répercutait les consignes que lui avait envoyées le ministère : « ATTENTION, cette question de Mediapart sur la sécurité des sapeurs-pompiers est traitée au niveau national par [la] porte-parole du MI [ministère de l’intérieur]. Il vous est donc demandé de ne pas la traiter au niveau local. »

L’ordre émanant du ministère a été suivi d’effet. À 16 heures 57, jeudi, la préfecture de Gironde nous prévenait qu’ils allaient nous répondre « dès que possible ». À 17 heures 11, la même interlocutrice au sein de cette préfecture nous invitait à prendre attache avec la porte-parole du ministère de l’intérieur « qui répondra[it] à vos questions sur ce sujet ».

Vingt-quatre heures plus tard, le porte-parolat de Beauvau nous faisait savoir par texto que « le ministère de l’intérieur n’apportera[it] pas de réponses aux questions que [nous lui avions] transmises relatives aux sapeurs-pompiers ».

Quand nous avons cherché à savoir pourquoi ce silence était opposé à des questions très factuelles, nous n’avons pas eu de réponse.

Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a répondu à nos questions samedi 25 avril. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), les Hôpitaux civils de Colmar et le Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) nous ont répondu vendredi 24 avril. L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) n’a pas répondu.

Plusieurs soignants, ainsi que des sapeurs-pompiers professionnels, ont requis l’anonymat pour témoigner. Leurs prénoms ont été modifiés et sont signalés par un astérisque (*) dans l’article.

Mediapart a sollicité, au cours de cette enquête, une dizaine de directeurs de Sdis, des sapeurs-pompiers et l’ensemble des préfectures chargées des sept zones de défense qui supervisent elles-mêmes l’activité des sapeurs-pompiers sur le ressort national, ainsi que le ministère de l’intérieur et la DGSCGC.

Trois heures après l’envoi de nos questions aux différentes administrations, l’état-major de la zone de défense Grand Est envoyait un mail aux différents Sdis de son secteur ayant pour objet « IMPORTANT - Demandes de MEDIAPART - Questions sur la sécurité des sapeurs-pompiers » : « Bonsoir à tous, actuellement, il semble qu’un journaliste de Mediapart souhaite obtenir des informations sur l’action des SP pour COVID19 notamment sur la ZONE EST. Merci de ne pas répondre et de le renvoyer sur le MININT [ministère de l’intérieur]. » Puis, l’auteur du mail employait des guillemets, laissant entendre qu’il répercutait les consignes que lui avait envoyées le ministère : « ATTENTION, cette question de Mediapart sur la sécurité des sapeurs-pompiers est traitée au niveau national par [la] porte-parole du MI [ministère de l’intérieur]. Il vous est donc demandé de ne pas la traiter au niveau local. »

L’ordre émanant du ministère a été suivi d’effet. À 16 heures 57, jeudi, la préfecture de Gironde nous prévenait qu’ils allaient nous répondre « dès que possible ». À 17 heures 11, la même interlocutrice au sein de cette préfecture nous invitait à prendre attache avec la porte-parole du ministère de l’intérieur « qui répondra[it] à vos questions sur ce sujet ».

Vingt-quatre heures plus tard, le porte-parole de Beauvau nous faisait savoir par texto que « le ministère de l’intérieur n’apportera[it] pas de réponses aux questions que [nous lui avions] transmises relatives aux sapeurs-pompiers ».

Quand nous avons cherché à savoir pourquoi ce silence était opposé à des questions très factuelles (voir onglet Prolonger), nous n’avons pas eu de réponse.

Par Caroline Coq-Chodorge, Pascale Pascariello, Antton Rouget et Matthieu Suc

Source : mediapart.fr
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