jeudi 4 août 2011

L’épuisement professionnel : un état qui s'empire dans le monde de la Santé!

L'épuisement professionnel des personnels est reconnu très sérieusement depuis des années, malgré de nombreuses études et des colloques, comme par exemple celui qui avait été organisé par le "Groupe Pasteur Mutualité", le 4 décembre  2008, sur la vulnérabilité et la souffrance du soignant, Ces études, ces colloques ont mis en exergue ces répercutions grandissantes sur la santé même de ceux qui professionnellement ont à charge,  le bien être et la santé des autres.

D'un autre côté "la bonne volonté ne manque pas" et il est prévu de mettre en place des "consultations de prévention de l'épuisement des professionnels de la santé",  si la prévention est une chose,  le vécu quotidien des personnels de Santé en est une autre.

Reconnaître cet épuisement  peut donner bonne conscience,   y remédier nécessite globalement la remise en cause de la politique de casse des services publics (ne nous voilons pas la face) surtout quand l'on voit les méthodes de gestion des personnels qui optimisent ces derniers sans prendre en considération qu'un agent est un humain au service des autres et que ces méthodes venues d'ailleurs ne font qu'accentuer le mal être des soignants.

La gestion des personnels de santé tient-elle compte d'un raisonnement impliquant  certains paramètres sans lesquels l'équation s'avère fausse?
Trois axes de réflexion sont à prendre en considération:
a) l'épuisement (qui aura un coût dans la finalité pour ceux qui aiment les chiffres...);
b) l'existence d'un stress émotionnel et physique chronique;
c) l'atteinte des professionnels de relation d'aide (1).

Le "candidat à l'épuisement" est identifié plutôt comme une personne dévouée et engagée, et abuser des qualités humaines entraîne concrètement, un syndrome qui se caractérise par des troubles somatiques, psychiques et comportementaux.

Le constat est évident: l'origine du mal provient sans conteste des insuffisances chroniques d'effectifs dans les services, générées par la politique de réduction budgétaire massive imposée aux établissements publics de santé par nos gouvernants.
 
Cette politique est devenue d'autant plus insupportable qu'elle est aggravée par les politiques locales du non-remplacement des absences de courte durée mais aussi, depuis ces dernières années, du non-remplacement des congés de maternité et de longue maladie sous prétexte que les agents concernés conservent leur traitement (c'est aberrant)...


Ces problèmes engendrent des adaptations de planning à répétition qui, à leur tour, désorganisent la vie familiale, provoquant un stress supplémentaire.

Le Ministère du Travail et de la Santé a bien mis en place la Consultation d'orientation des conditions de travail qui a présenté deux rapports: le premier sur la prévention du stress, l'autre sur le suivi des risques
psychosociaux, ce sont de bonnes initiatives mais qu'apporteront-elles dans la réalité de chaque jour ?

Il y a toutefois bien des situations indignes et ceci prouve que ceux qui nous gouvernent ne sont plus capables de raisonner autrement qu'avec des nombres et ont comme seules réponses que les impératifs de la rigueur budgétaire (2) sans se soucier des réels besoins, des moyens nécessaires pour assurer les missions hospitalières
Mais,  force est de constater que les chiffres présentés montrent depuis 2008 une hausse importante, aussi bien de la fréquence que de la gravité des accidents du travail dans toutes les catégories, viennent se rajouter à cette dégradation des conditions de travail, des actes de violence, eux aussi en nette hausse, vécus par les soignants.

Nous pouvons aussi nous poser deux autres questions:
Quelle est la place du travail dans notre vie?
Faisons-nous notre tâche quotidienne consciencieusement par devoir et avec abnégation ou recherchons-nous une forme de reconnaissance de la part d'autrui?

Nous rappelons que  le Ministère propose  aux établissements de santé la signature d'un protocole "Santé-Sécurité-Justice". Ce protocole permet aux établissements de Santé de bénéficier des conseils d'un référent de santé, ainsi que d'un  professionnel de la sécurité (Agent de police, Gendarme)...
Les moyens qui peuvent être déployés s'apparentent à des diagnostics de sûreté des lieux de travail (3), des procédures d'alerte spécifiques, l'extension aux Ordres de professionnels de santé de se substituer à la victime pour déclencher une action publique, la circulation de l'information entre les acteurs, une meilleure information des professionnels, l'insécurité est partout, elle est accompagnée de mesures sécuritaires qui ne permettent pas vraiment de solutionner la gravité du vécu des soignants qui pourraient se voir maintenant filmés et pourquoi pas continuer dans un délire sécuritaire et mettre une puce RFID à chaque humain (le marché de la video-protection est porteur tout comme d'autres...)....Mais rien concernant l'allégement des tâches des professionnels de santé, nous vivons vraiment dans un monde complètement déphasé où toutes les conditions réunies ne vont que dans un seul sens : l'optimisation du travail qui commence toutefois à se heurter à bien des difficultés qui ne sont là et en réalité que la face cachée de l'iceberg...mais le mal ronge, lentement mais surement si nous n'y prenons garde, et,  ce ne seront pas les mesures engagées qui feront que des solutions humanitaires seront trouvées, allons-nous vers la déshumanisation des hôpitaux, la question est sérieusement posée ?


1) Un patient attend d'un professionnel de la Santé un mieux-être ou la perspective d'un mieux-être physique, moral, matériel ou social.
2) Les meilleurs rôles sont attribués à ceux qui de l'autre côté n'ont que faire du mal être des soignants, il faut rentabiliser toutes choses, les profits vont toujours dans la même direction...
3) Avec  à la clef de nouveaux marchés profitant à des sociétés privées, et dont les coûts  seront encore là le moyen de créer encore un peu plus de déficits,  la perversité du système n'a pas de limites, il faut toujours créer de nouveaux besoins... de nouvelles contraintes s'imposent aussi, car la video-protection n'est pas une réponse au problème de la sécurité (c'est un marché supplémentaire sans plus), il n'y a pas de secret, nous revenons toujours au même problème : l'insécurité diminue avec des effectifs en nombre, ce n'est pas une caméra qui empêchera un individu malveillant de porter atteinte à une personne, c'est bien évidemment un autre sujet qui pourra faire l'objet d'un prochain article sur la vision sécuritaire dans les espaces hospitaliers.



Attaquons nous aux causes des problèmes et non à leurs effets 
et alors nous aurons là de véritables solutions !





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