jeudi 2 mai 2013

L'hôpital des pauvres au Honduras, ou le pari gagné d'un prêtre français




C'est à l'origine une appendicite ayant failli coûter la vie au paysan Hector qui a fait germer dans l'esprit du père Francis Schiefer l'idée de construire un hôpital ultra moderne dans la campagne hondurienne. Cinq ans plus tard, l'hôpital des pauvres du curé français surgissait de terre.

Il y a sept ans, lorsque Hector était venu le quérir à la nuit tombée dans son local de la petite ville coloniale d'Ojojona, le prêtre français raconte à l'AFP qu'il n'avait eu d'autre recours que de conduire celui-ci en voiture dans l'hôpital de la capitale hondurienne, sise à plus de 30 kilomètres.

A l'Hôpital universitaire de Tegucigalpa, ce fut le choc. Le prêtre eut l'impression de se retrouver dans un hôpital de campagne en pleine guerre tant il y avait de blessés par balles et de victimes de coups de couteau ou de machette. Schiefer fut brusquement confronté à la réalité de ce petit pays pauvre ravagé par la violence des groupes criminels et des narcotrafiquants, qui enregistre le taux d'homicides le plus élevé au monde.

Dans cet hôpital, j'ai eu le sentiment de me retrouver en France 15 siècles en arrière, avec une cinquantaine de personnes allongées par terre, blessés et ivrognes confondus, raconte le père Schiefer devant une des larges fenêtres de son établissement donnant sur des collines verdoyantes parsemées de pins.

Au milieu de l'enfer médical de Tegucigalpa, le paysan victime d'une appendicite ne fut pris en charge que le lendemain matin. Et fut sauvé par miracle. Pendant cette longue attente, une idée ne quittait pas l'esprit du religieux: Je vais construire un hôpital pour les pauvres.

Le père Schiefer était arrivé au Honduras fin 2004, pour un service volontaire à l'invitation de son ami, le cardinal hondurien Oscar Andres Rodriguez. Puis ce Lorrain de 63 ans s'est pris d'affection pour les communautés d'Ojojona, de Santa Ana et de San Buenaventura. Il est resté et a reçu en 2009 la nationalité hondurienne.

En 2006, il convoqua ses assistants et leur exposa son projet de construction d'un hôpital dans cette petite localité. Ils m'ont dit que j'étais fou, se souvient le prêtre, évoquant les maigres 118.000 lempiras (moins de 6.000 euros) de revenus annuels de sa paroisse.

Mais il ne désarmait pas et envoya des courriers à plus de 200 pays et organisations humanitaires. Il reçut 43 réponses et les ambassades de France, d'Italie, de Taïwan, du Canada, l'Ordre de Malte et les Etats-Unis manifestèrent leur intérêt, rapporte aujourd'hui le prêtre.

Un hôpital de luxe pour les pauvres!

Le père Schiefer alla aussi frapper aux portes de la présidence et le président d'alors Manuel Zelaya - destitué en juin 2009- fut très enthousiaste. J'aime beaucoup votre idée mon père, allons-y!, lui avait-il répondu.

Et le 8 juin 2006, à l'endroit où un ancien paddock avait été envahi par les mauvaises herbes et les détritus, M. Zelaya est venu poser la première pierre de l'établissement à la sortie d'Ojojona.

Cinq ans plus tard, les premiers bâtiments de l'hôpital San Juan de Maria Vianney étaient inaugurés pour un investissement global de près de six millions d'euros.



 (Crédit photo: TIEMPO)


Aujourd'hui, l'ensemble est composé de 15 pavillons aux couleurs chaudes proposant des services de consultation généraliste et pédiatrique, une maternité, un département d'orthopédie, un hôpital de 48 lits et deux salles d'opération équipées pour tous types d'intervention. Dans cet environnement flambant neuf et impeccable, officient 18 médecins et 12 infirmière, pour un total de 70 employés.

Le fonctionnement de l'établissement est financé par plusieurs milliers de familles des trois municipalités environnantes qui paient un abonnement de 15 à 56 euros en fonction de leurs revenus. Les consultations sont facturées à moins de un euro et les interventions chirurgicales les plus complexes ne dépassent pas les 170 euros.

Pour boucler un budget annuel d'environ 700.000 euros, on fait aussi appel aux subventions de plusieurs pays et organisations, ainsi qu'à l'Etat hondurien, qui supporte à lui seul 25% de la somme.

Sans fausse modestie, le prêtre demande au journaliste de l'AFP de mettre l'accent sur l'hôpital et non sur sa personne dans son article. Mais il ne peut réprimer son sourire lorsqu'il se remémore avoir pour la première fois évoqué ce projet fou en ces termes: Un hôpital de luxe pour les pauvres!



Source AFP

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