lundi 8 août 2016

En Grèce, la santé est devenue un luxe


AUSTÉRITÉ: Il y a un an, Athènes obtenait de ses créanciers 80 Milliards d'euros d'aide en contrepartie de mesures de rigueur sans précédent. 

Les conséquences sur le système hospitalier 
ont été désastreuses.

En Grèce,il y a un avant et un après 13 juillet 2015. Ce jour-là, le pays, après s'y être pourtant opposé le 5 juillet par référendum, cédait finalement à ses créanciers, se résolvant à appliquer un énième plan d'austérité afin de pouvoir toucher une aide de 80 Milliards d'euros. Un plan de rigueur qui a impacté de nombreux services publics, dont les hôpitaux.
 Il y a un an, on a diagnostiqué à Sofia un cancer de l'estomac. Récemment, cette retraitée de 65 ans s'est rendue à Evangelismos, le plus grand hôpital d'Athènes, pour suivre l'évolution de la maladie.
Après une heure d'attente dans une salle bondée, une secrétaire l'informe que le scanner, usé, est en panne.
Un autre rendez-vous lui est proposé... trois mois plus tard, le temps de traiter les patients « plus atteints ». Sofia est dans l'impasse : « En clinique privée, l'examen me coûterait 500 euros. Je n'ai pas les moyens, ma pension retraite est de 750 euros par mois. Et je suis déjà obligée d'acheter très cher mon traitement en pharmacie car à l'hôpital les stocks sont épuisés. Tout le monde a peur de tomber malade. »
Et pour cause, l'hôpital d'Evangelismos est au bord de l'implosion. Depuis le début de la crise qui frappe le pays, son budget a diminué de moitié tandis que sa fréquentation a bondi de 25 %. L'établissement s'est converti au système D : en plus des chambres surchargées comptant jusqu'à six patients, les couloirs regorgent de brancards usés servant de lits. Les familles se voient parfois contraintes d'acheter draps, couches et compresses pour leurs malades.
 « On se croirait dans un pays du tiers-monde », juge Ilias Sioras, cardiologue et président de l'union des médecins d'Evangelismos. Dans son service, il n'a souvent d'autre choix que de priver certains patients d'examens basiques. « Nous faisons tout ce que nous pouvons, les médecins travaillent quatre-vingts heures par semaine pour un salaire dépassant péniblement les 1.500 euros. Et malgré cela, nous sommes impuissants, la santé est devenue un luxe... »
 Pour faire face à l'urgence sanitaire, une cinquantaine de cliniques sociales ont vu le jour, comme le dispensaire Kifa, au cœur de la capitale. Créé en 2012, le centre a des allures de grand appartement : deux cents mètres carrés organisés en cinq salles, pour les opérations basiques, les soins dentaires, les échographies. Le tout géré par des bénévoles. Pourtant, le service n'a rien à envier à Evangelismos. « Voici un nouvel appareil pour détecter les problèmes cardiaques, envoyé par les Allemands ! » montre fièrement Kostas Kokossis, un retraité qui administre les lieux. Le dispensaire bénéficie d'importants dons. « Des hôpitaux nous envoient des machines, des patients nous font parvenir des surplus de médicaments. »

Chaque semaine, le centre soigne plus d'une centaine de personnes, en partie dépourvues de couverture médicale, comme un quart des Grecs. Kostas Kokossis reçoit régulièrement des appels d'hôpitaux cherchant à se procurer des médicaments. « C'est le monde à l'envers, l'Etat en vient à compter sur nous. Nous ne devrions pas exister dans un pays occidental. Mais j'ai bien peur que nous ne soyons pas près de disparaître... »



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