lundi 17 août 2015

La situation critique du CH de Valognes témoigne des tensions existant dans les services d'urgences

La fermeture début août de l'un des services d'urgences du CH public du Cotentin illustre les difficultés que rencontrent actuellement de nombreux établissements, à l'image de Firminy ou de Saint-Vallier. Goutte d'eau qui fait déborder le vase ? 
L'Amuf estime que sans mesures d'urgences, la situation de Valognes risque de se reproduire.
La direction du CH public du Cotentin (CHPC, Manche) a pris la décision de fermer à partir du 6 août les urgences de son site de Valognes. Comme l'a alors expliqué à Hospimedia la directrice adjointe, Bénédicte Gastebois, cette décision a été prise sous la contrainte du manque d'effectif médical. En effet, indique l'ARS Basse-Normandie dans un communiqué le 11 août, pour faire fonctionner le dispositif d’urgences dans le Nord-Cotentin, l’hôpital a besoin de la présence de sept médecins urgentistes le jour et de quatre la nuit, soit un effectif total de vingt-quatre équivalents temps plein (ETP). Or le CHPC est confronté depuis de nombreux mois à "d'importantes difficultés de recrutement de médecins", "aggravées au sein de l’équipe hospitalière ces derniers mois par un départ en congé maternité, deux départs volontaires et un arrêt maladie non consolidé ce jour". Et ces difficultés n'ont pour l'heure pas trouvé de solutions pour pouvoir rouvrir de manière pérenne les urgences de Valognes. 
Encore un mois de fermeture pour Valognes
...(...)L'absence de solution sur le long terme contraint le directeur à maintenir la fermeture pour encore au moins quatre ou cinq semaines, plutôt que de rouvrir prématurément et de devoir fermer à nouveau le service...(...)...La mobilisation interne se poursuit en revanche puisque des médecins du CH vont venir épauler les urgentistes du site de Cherbourg. En outre, les plannings ont été revus pour pouvoir ouvrir au moins sur ce week-end du 15 août le Smur de Valognes, précise Maxime Morin. Mais il sera aussitôt fermé dès lundi. L'hôpital a aussi fait appel au CHU de Caen mais, en cette période estivale, il est confronté, lui aussi, à un manque de personnel...

Les services tirent la sonnette d'alarme
Depuis mi-juillet, nombreux sont les services d'urgences à avoir tiré la sonnette d'alarme ou à s'être réorganisés. Ainsi, l'Hôpital Le Corbusier à Firminy (Loire) a été contraint de revoir "temporairement son accueil des urgences nocturnes", en n'assurant plus les urgences adultes et enfants que de 8h à 20h. La décision de la direction a été prise après que plusieurs arrêts maladie ont été déclarés conjointement, rajoutés aux congés annuels de l'équipe médicale. Une fois encore, la problématique des ressources humaines se retrouve en première ligne. 
Au CH de Soissons (Aisne), par exemple, Armand Nghemkap, représentant des urgentistes de l'établissement, a indiqué par voix de presse que son service était en tension. Il a précisé à nos confrères de L'Union s'être retrouvé seul avec un interne pour l'accueil des urgences vitales et non vitales, la visite dans l’unité d’hospitalisation de courte durée et les interventions Smur. Contacté par Hospimedia, le directeur du CH, Freddy Serveaux, affirme que la période estivale est effectivement une période difficile conjoncturellement qui, couplée à des réorganisations internes en lien avec le nouveau temps de travail des urgentistes, peut aboutir à des situations tendues. Un point a été fait avec le chef de pôle pour vérifier que le bon nombre de professionnels de santé est présent aux urgences pour garantir la sécurité des soins, indique-t-il.

Des mesures urgentes à prendre
Pour l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), "cette situation était prévisible". Le Gouvernement avait été alerté en décembre 2014 "sur le risque de ne pouvoir assurer la continuité du service public faute de médecins dans de nombreux hôpitaux". Dans un communiqué, elle estime que le seuil de rupture a été atteint...
L'Amuf appelle à la mise en place de mesures urgentes nécessaires.  "La limitation du temps de travail des urgentistes est une absolue nécessité" pour les maintiens de postes. Par ailleurs, il faut que davantage d'urgentistes soient formés chaque année dans les régions "pour assurer la relève"...Sinon, indique l'Amuf, "si rien n'est fait, l'exemple de Valognes risque de se répéter dans les mois et les années à venir".

Les élus du Nord-Cotentin écrivent à la ministre
Dans un courrier daté du 10 août, le maire de Valognes, Jacques Coquelin, et cinq autres élus * alertent la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes sur la situation des urgences de Valognes. "La fermeture de ces services met en péril la sécurité des soins de la population de tout un territoire proche de 60 000 personnes, hors touristes", écrivent-ils. Une situation qu'il dénonce d'autant que le ministère s'est engagé le 7 juillet dernier pour maintenir la qualité et la sécurité des soins sur le territoire. Des engagements confirmés par la ministre dans un courrier du 16 juillet, ajoutent-ils. "Or aujourd'hui (...) la seule réponse apportée par la direction du CHPC et validée par l'ARS consiste en la fermeture de ces services à la population."  
Pour les élus, l'enclavement du site de Cherbourg, la circulation urbaine comme obstable à une prise en charge rapide des patients, l'afflux de touristes, la présence du terminal Areva-La Hague en gare de Valognes, le transport de matières radioactives "imposent un fonctionnement H24 de soins d'urgence". Ils demandent par conséquent que soient affectés les effectifs médicaux suffisants pour que soient rouvertes les urgences de Valognes.

(Extrait de l'article de Géraldine Tribault )

Source: HOSPIMEDIA


* Il s'agit de Jean-Louis Valentin, président de la communauté de communes du Cœur du Cotentin, de Michel Quinet, président de la communauté de communes de la Vallée de l'Ouve, de Yves Asseline, président de la communauté de communes du Val de Saire, de Jean-Paul Gosselin, président de la communauté de communes de la Côte des Isles, et de Jean-Pierre Mauquest, vice-président de la communauté de communes de la région de Montebourg.

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De son côté l'Association pour la Protection contre les Rayonnements Ionisants (APRI) est intervenue auprès de Marisol Touraine estimant notamment inadmissible que les services d'urgences des hôpitaux proches du centre de retraitement des déchets radioactifs de La Hague ne soient pas pourvus en effectifs médicaux suffisant.


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