mardi 18 décembre 2012

Une psychiatre condamnée à un an de prison avec sursis pour un meurtre commis par un patient


Une psychiatre a été condamnée ce jour à Marseille à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire après le meurtre commis par l'un de ses patients schizophrène, une première en France qui ne manquera pas, selon la défense, d'avoir des conséquences sur l'exercice du métier.

Ce procès a ému et émouvra forcément encore la profession. Le tribunal ne juge pas la psychiatrie, il juge un cas d'espèce, a précisé le président Fabrice Castoldi en rendant son délibéré, conforme aux réquisitions.

Dans sa décision, le tribunal correctionnel de Marseille dénonce de multiples manquements, constitutifs de fautes caractérisées, de la part de Danièle Canarelli, médecin à l'hôpital marseillais Edouard-Toulouse, dans le suivi de Joël Gaillard, de son hospitalisation en 2000 à sa fugue en 2004, vingt jours avant qu'il tue à Gap, à coups de hachette, le compagnon octogénaire de sa grand-mère, Germain Trabuc.

Un meurtre pour lequel ce patient atteint d'une psychose schizophrénique à forme paranoïde, qui avait commis avant le drame plusieurs agressions, dont une tentative d'assassinat, a été jugé irresponsable pénalement.

Conscients que le risque zéro et la prédictivité n'existent pas, les magistrats ont toutefois jugé que la psychiatre s'était arc-boutée sur ses convictions. Son attitude a confiné à l'aveuglement, a souligné M. Castoldi, estimant que face à l'énigme de son patient, selon ses propres termes, elle aurait dû passer la main au lieu de s'obstiner à aller à l'encontre des avis concordants de ses confrères, et d'accorder au malade fin 2003 une sortie à l'essai de longue durée.

Elle avait deux solutions, a-t-il rappelé: dans une vision sécuritaire, le placer dans une unité pour malades difficiles (UMD), ou dans une vision sanitaire, le transférer à une autre équipe.

Risque d'une dérive sécuritaire

Pour Maître Sylvain Pontier, avocat de la prévenue - absente au procès - c'est une décision extrêmement sévère, qui va avoir des conséquences très concrètes sur l'exercice du métier, c'est-à-dire très probablement un durcissement des mesures prises à l'égard des patients, pas forcément dans leur intérêt, mais dans un but de protection du médecin.

Qu'on considère ce qu'a pu faire le patient de Mme Canarelli vingt jours après qu'il a quitté l'établissement, c'est quelque chose qui me choque, a ajouté le conseil, qui pense faire appel.

A l'origine de ce procès inédit, la plainte déposée par Michel Trabuc, un des fils de la victime, qui avait également engagé une action contre l'Etat et contre l'hôpital, condamné en 2009 pour défaut de surveillance.

J'ai fait ce combat pour la mémoire de mon père parce qu'un non-lieu, ça ne me satisfaisait pas du tout, a déclaré celui-ci mardi, espérant que la décision rendue fera avancer la psychiatrie. Je demande aux psychiatres de faire plus attention à leurs patients et qu'il y ait un vrai suivi quand ils sont remis en liberté, a poursuivi M. Trabuc, préconisant la mise en place d'un bracelet électronique.

A l'audience le 13 novembre, la psychiatre de 58 ans avait reconnu avoir été confrontée à un problème de diagnostic du fait de l'absence de symptôme, mais nié toute négligence. Dans la salle, de nombreux soignants étaient venus en solidarité avec leur collègue, très soutenue par l'ensemble de la profession. L'Académie de médecine avait aussi souligné la difficulté d'évaluer la dangerosité criminologique.

Jointe par l'AFP, Marianne Coen, secrétaire de l'association la Marotte, créée à l'hôpital en soutien à Danièle Canarelli, s'est dite très déçue et surprise de cette condamnation. Au-delà du cas de notre consoeur, cela risque d'avoir des implications sur la manière de prendre en charge les patients et entraîner une dérive sécuritaire de notre profession, redoute-t-elle.


(Source AFP)

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