mercredi 27 juin 2012

L'Académie de médecine s’inquiète de la disparition des services hospitaliers

L'Académie nationale de médecine, par la voie de sa commission XV, met en garde sur la disparition des services hospitaliers initiée par la loi HPST. Dans le communiqué signé du Pr Daniel Loisance et des membres de ladite commission, l'Académie constate "les graves conséquences sur la prise en charge des malades et s'élève contre les effets néfastes d'une gestion purement comptable des établissements".

La cause de cette disparition, c'est l'instauration des pôles de soins, qui font perdre tout sentiment d'identité aux services hospitaliers. 
La création des pôles entraîne particulièrement une mutualisation des personnels infirmiers altérant de manière insidieuse le sentiment d'appartenance à une équipe et agissant de manière néfaste sur le bon fonctionnement des soins.La démotivation des paramédicaux et les désengagements des chefs des services sont les conséquences de ces dispositions..

La dimension économique du soin peut compromettre la qualité même de ces soins, l'Académie de médecine estime qu’une bonne codification devrait prendre en compte la qualité des soins et la pertinence clinique et socio-économique de la prescription des examens complémentaires, et des décisions thérapeutiques.



L’évolution actuelle du fonctionnement 
des hôpitaux publics

L’ Académie nationale de Médecine suit avec attention  l’évolution du fonctionnement des hôpitaux  publics et a déjà été amenée à s’exprimer, à plusieurs reprises, à ce sujet .
Les Ordonnances de mai 2005 et la loi Hôpital Patients Santé Territoires (HPST) ont profondément modifié l’organisation  hospitalière. Aujourd’hui, elle souhaite faire connaître son inquiétude devant la tentative d’effacement  d’une structure essentielle, le Service Hospitalier. Elle en constate les graves conséquences sur la prise   en charge des malades et s’élève contre les effets néfastes d’une gestion purement comptable des  établissements.
L’organisation   des   Services   en   Pôles,   censée   organiser  autour  d’un   parcours   de   soins   cohérent  l’activité de structures complémentaires tout en réduisant les coûts, a fait perdre au Service son identité.   Celui-ci   reste   cependant   l’unité   facilement   reconnue   par  le   malade   et   les   étudiants. 
La  mutualisation des personnels infirmiers, aggravée par la pénurie, supprime insidieusement le sentiment  d’appartenance à une équipe et compromet le bon fonctionnement des soins. Le Chef de Service, qui a  perdu l’autorité sur l’équipe non médicale, dépendante de la Direction des Soins Infirmiers,  se sent  néanmoins moralement  responsable des dysfonctionnements éventuels bien qu’il ne le soit pas au  regard   du   droit   administratif.   La   conséquence   de   cette   situation   est   double :   les   malades   et   les  personnels infirmiers et aide soignants souffrent de l’absence d’un encadrement médical, le Chef de  Service est démotivé et se désengage de l’animation de son équipe et de ses responsabilités. 
La priorité a été donnée à la gestion comptable. L’évolution de la contrainte économique justifiait  certes un réajustement des responsabilités respectives du corps médical et du corps administratif.
Si la rigueur budgétaire ne peut être négligée, elle ne doit pas compromettre la recherche constante de la  qualité des soins.

Elle ne prend en compte que les aspects quantitatifs de l’activité technique  et non  pas la qualité de la prestation médicale et le temps médecin consacré aux malades et à leurs familles,  ainsi qu’aux activités de recherche et d’enseignement.

Une bonne codification devrait prendre en  compte la qualité des soins et la pertinence clinique et socio-économique de la prescription des  examens complémentaires et des décisions thérapeutiques. La mise en place de moyens informatiques  adaptés, tenant compte d’indicateurs de qualité  et la promotion d’une véritable culture de l’évaluation  au sein des Services sont essentielles pour suivre l’activité et l’amélioration de la prise en charge des malades. 

Il s’ensuit une insatisfaction grandissante des patients et un malaise persistant chez les médecins. 
Finalement, c’est l’attractivité du secteur hospitalier public qui est mise en cause.
Pour   améliorer   la   qualité   des   soins   et   redonner   confiance   aux   malades   et   aux   personnels  soignants, l’Académie nationale de médecine recommande :

     1)  recentrer  l’activité   médicale   sur  le   soin   au   malade   dans   une   approche   véritablement  humaniste, 

     2)   reconnaître clairement l’existence du Service hospitalier et confirmer les responsabilités du  Chef de Service notamment vis-à-vis des personnels non médicaux,  

     3)   développer une culture de l’évaluation au sein des Services, avec un dossier informatique  prenant   en   compte   non   seulement   le   niveau   d’activité   (classes   pathologiques,   gestes techniques), mais aussi des indices de qualité de la prescription. 

     4)   redonner  aux   corps   médical   une   part   de   responsabilité   dans   la   gestion   des   hôpitaux  en appliquant notamment la délégation de gestion prévue dans la loi. 

 
(Communiqué de l'Académie Nationale de Médecine du 5 juin 2012)


 






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