samedi 18 décembre 2010

Une Infirmière à la retraite a vécu l'hôpital côté patient

Ex-infirmière, elle a vécu l'hôpital, côté patient
(Par Agnès Noël)

Une ancienne infirmière, soignée pour un accident vasculaire cérébral, a pu constater – et subir – les dégradations de l’hôpital public. Elle témoigne.


Marie-Andrée Germain (1), an cienne cadre de santé, passionnée par son métier, a du mal à cacher son amertume. Soignée pour un accident vasculaire cérébral, elle a découvert à cette occasion une vision de l’hôpital qui l’a atterrée.

 À son arrivée, les soins proprement dits ont été impeccables. C’est le lendemain, lorsqu’elle s’est réveillée, que les problèmes ont commencé. « Quand les médecins ont vu que je récupérais bien, ils ne se sont plus occupés de moi. » Elle est alors transférée au service de neuro-chirurgie d’un grand hôpital de l’Assistance publique des hôpitau x de Paris (AP-HP)

 Sur place, les soins cliniques sont irréprochables, mais l’accompagnement est inexistant. Grande déception pour elle qui a exercé cette profession, elle constate que le rôle des infirmières au sein du service a beaucoup diminué.

 « On a l’impression qu’elles n’existent plus. Elles s’occupent de rédiger des rapports, on ne les voit pas auprès des malades. » Comme elle est considérée comme « presque autonome » (elle ne peut cependant pas se servir d’une main et a des problèmes d’élocution), on la laisse se débrouiller. « J’avais des difficultés pour aller aux toilettes. J’ai attendu jusqu’à la fin de la matinée qu’on vienne m’aider. »

 On lui pose beaucoup de questions sur la douleur mais on ne tient presque pas compte de ses réponses. Elle reçoit un plateau-repas sur les genoux sans aucune aide, ou de mauvaise grâce. « À partir du troisième jour, j’ai dû faire mon lit toute seule. Quand j’ai protesté, l’infirmière m’a répliqué : “ mais vous vous débrouillez !” »

 Planning insensé

 Marie-Andrée Germain essaye de discuter avec les infirmières, qu’elle estime « sous dépendance, mal considérées. Avant, elles suivaient avec le médecin l’évolution des malades. » Elle les apostrophe : « Prendre soin des patients, c’est le B-A BA dans ce genre de pathologie. »

 Les infirmières répondent qu’elles sont débordées, qu’on les fait tourner dans plusieurs services, qu’elles ont des plannings insensés. Conséquence : faute de les connaître, elles ne s’attachent pas aux patients. Pour Marie-Andrée Germain, c’est du « cassage de service ». « Les infirmières pourraient rester deux mois de suite dans un secteur et ensuite bouger mais on les fait tourner quelquefois au bout de quelques jours. On ne peut rien construire dans ces conditions. »

 Au CHU, il y a pléthore de médecins. Mais durant quatre jours, aucun d’entre eux ne lui explique ce qui lui est arrivé. « Il a fallu que je demande avec insistance jusqu’à ce qu’une praticienne me l’expli que. » Une semaine après son accident, le chef de service passe. Et s’étonne qu’on n’ait pas prescrit à la sexagénaire des examens complémentai res, ce qui est la norme après un accident de ce type. « Les internes auraient dû me les prescrire durant la semaine. Mais ils passaient, m’examinaient, voyaient que je ré­cupérais, et ne cherchaient pas plus loin ».

 La patiente est envoyée dans un autre hôpital de l’AP-HP faire des examens complémentaires. Le service où elle est placée prend davantage en compte ses contraintes. Il est ainsi préconisé de l’aider à manger. En revanche, elle n’a pas de sonnette dans sa chambre. Un aide-soignant lui rétorque qu’elle peut se lever, avant qu’une infirmière vienne y mettre bon ordre.

 Au bout de deux jours, elle retourne à son service initial. Personne ne la reconnaît. On la place dans une autre chambre, double cette fois (elle était bien installée la première fois). La famille de l’autre patiente vient manger tous les soirs. Pour ne pas gêner, elle attend dans le couloir…

 Elle demande à effectuer sa convalescence dans un établissement qu’elle connaît bien. Mais impossible de voir l’assistante sociale. Au bout de trois semaines, celle-ci lui explique qu’on n’a pas pu lui trouver de place et lui propose de rentrer chez elle, en bénéficiant de séances de kinésithérapie.

 Mais chez soi, impossible de se rééduquer correctement avec un ergothérapeute et un orthophoniste
. Faisant jouer ses contacts, elle obtient une place dans l’établissement désiré. Après vérification, l’assistante sociale n’avait même pas téléphoné.

 1) Son nom a été changé à sa demande.
< http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Societe/Ex-infirmiere-elle-a-vecu-lhopital-cote-patient/Default-18-2285.xhtml >

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